Birmanie – Après la pluie

Birmanie, août 2014

 

Dans les collines qui entourent Kyaukme, petite ville de l’Etat Shan au nord-est de Mandalay, l’ethnie Palaung vit paisiblement. En apparence. Car la guerre n’a pas épargné ces villages devenus pour un temps le théâtre désolant des terribles exactions entre l’armée gouvernementale et les milices locales.  Aujourd’hui, les affrontements se font plus rares. En ouvrant partiellement le pays au tourisme, la junte militaire a aussi réduit sa répression contre le peuple birman. Nombreux sont les anciens rebelles  qui ont abandonné les armes pour retrouver l’activité de leurs pères : l’agriculture. Même si les souvenirs sont encore vifs, les villages ont retrouvé une vie rythmée par les prières et les durs labeurs aux champs. Dans les maisons rustiques, les photographies de famille côtoient les portraits d’Aung San Suu Kyi et de son père, Aung San, restes d’une lutte passée ou rappel d’un combat quotidien. Les paysans soutiennent plus que jamais la cause de cette figure de l’opposition, mais leur sentiment de résistance demeure désormais sous une autre forme. Perchés sur les flancs verdoyants des montagnes, les villages vivent à contre-courant d’une modernité qui n’a pas épargné la dictature. Abrités par leurs traditions, les Palaung cultivent la terre, bâtissent leurs maisons et transmettent leur savoir. Loin des routes goudronnées, ils survivent et font survivre leur histoire. C’est leur manière à eux de résister. Rencontre avec les gardiens d’une culture.

 

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Accès. Pour accéder aux villages, on emprunte des chemins souvent escarpés et boueux, surtout en temps de mousson, impraticables autrement qu’à pied ou à cheval. Hommes, femmes et enfants marchent régulièrement plusieurs kilomètres pour faire la liaison entre les villages, parfois accompagnés de leurs chevaux de bât.
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Tradition. Les ethnies birmanes se distinguent par la variété des costumes traditionnels. Les femmes Palaung portent ainsi des robes rayées sous de courtes vestes colorées en coton ou velours et des cerceaux de bambous et de ficelles en guise de ceinture.
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Chef. Paw Than Oo est le chef d’un village Palaung. Il parle peu mais ses yeux nous sourient. Il a connu les affrontements entre le gouvernement et les rebelles. Désormais, il vit de l’agriculture dans son petit village perdu entre les arbres de la montagne et accueille avec bienveillance ceux qui passent par là.
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Artisanat. Le cheroot est l’équivalent de la cigarette au Myanmar. Bien moins chère que cette dernière et fabriquée de manière artisanale, on la voit pendue aux lèvres de la plupart des birmans, hommes comme femmes. La feuille de tabac qui entoure le mélange de tabac et d’épices est cultivée dans les montagnes près du Lac Inlé et le filtre est en feuille de maïs.
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Ouvrage. Comme tous les hommes du village, ce père de famille construit lui-même sa maison. Les murs sont faits de bambous tressés, fruit d’un artisanat qui se transmet de génération en génération.
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Foyer. La vie des paysans Shan est sommaire : vivant avec le soleil, ils mangent le soir ce qu’ils cultivent de jour. Le foyer est le lieu central de la maison : il réunit les membres de la famille -souvent plusieurs générations- autour du repas, et réchauffe les quelques pièces dans lesquelles sont disposés des matelas à même le sol.
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Agriculture. Le travail de la terre est primordial chez ces villageois. Ce sont leurs cultures qui leur permettront de manger. Cette grand-mère, gardienne des souvenirs de la rébellion, est restée s’occuper du potager familial dans son village de Qui Shaw pendant que ses enfants et petits-enfants sont dans les champs ou arpentent la montagne.
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Famille. Au sein de cette société patriarcale, les femmes ont tout de même un grand rôle. Elles travaillent autant que les hommes et n’ont pas peur de gravir quotidiennement la montagne jusqu’à un âge avancé, portant même parfois leurs enfants en bas âge sur le dos.
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Religion. Dans la culture birmane, la religion bouddhiste est omniprésente. Depuis leur manifestation en soutien à Aung San Suu Kyi en 2007, les moines ont acquis un rôle politique qui influence l’enseignement spirituel qu’ils dispensent, notamment aux enfants. Ces derniers font, dès leur plus jeune âge, des séjours réguliers au monastère. Certains d’entre eux choisiront de devenir moines, d’autres suivront leurs pères aux champs.
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Enseignement. L’école est souvent le monastère le plus proche. Celui de Pann Hom rassemble les enfants des villages environnants. Moines ou non, ils s’y retrouvent pour apprendre, prier et jouer. Reste à savoir comment ils sauront se frayer un chemin entre traditions et résistance.